Voler le travail de l’IA

Le meilleur argument anti-IA de 2026 tient en douze secondes de vidéo faite maison.

Fin juin, Zach King, l’artiste des effets visuels dont je suivais chaque vidéo pour sa créativité, a déclaré la guerre à l’intelligence artificielle. Sa mission tient en une phrase qu’il assume avec le plus grand sérieux : voler le travail de l’IA.

Un magicien déclare la guerre aux machines

Son plan est absurde et magnifique. Produire tellement de vidéos faites à la main que plus personne n’aura de raison de regarder une scène générée par une machine. Un homme, une caméra, du scotch, et l’ambition de saturer internet de gestes humains.

Zach King n’est pas un amateur qui découvre les réseaux. Vingt-neuf millions d’abonnés sur Instagram, quarante-trois millions sur YouTube, et une signature reconnaissable entre mille : des illusions bricolées avec de vrais décors et un montage minutieux, sans la moindre image générée automatiquement (Yahoo Entertainment). Quand il enchaîne les prouesses à Dubaï ou ailleurs, ses fans ne se demandent pas quel modèle il a utilisé. Ils se demandent comment un être humain a pu réussir ça (Gulf News).

Derrière la blague, il y a une angoisse que des millions de professionnels du numérique portent en silence. Celle de voir dix ans de savoir-faire réduits à une ligne de prompt. Un monteur, un illustrateur, un rédacteur, un designer, tous regardent aujourd’hui un outil produire en quelques secondes ce qui leur a coûté des années à maîtriser.

Le geste de Zach King prend justement le contre-pied de la panique ambiante. Là où beaucoup se demandent comment intégrer l’IA sans se faire remplacer, lui pose une question inverse et joyeuse : comment redevenir tellement humain que la machine paraisse fade à côté. Sa réponse tient dans la répétition, l’accumulation, la présence. Il ne cache pas ses moyens, il les exhibe. Le carton, le scotch, la sueur deviennent des arguments de vente.

La peur de devenir obsolète

Je l’appelle la peur de devenir obsolète, et elle figure parmi les plus paralysantes que je décris dans mon livre (chapitre 6).

Ce livre s’adresse aux PDG, aux dirigeants et aux innovateurs prêts à tout remettre en question et à créer une croissance exponentielle.

Les chiffres nourrissent cette angoisse. En France, près de cinq millions de salariés seraient exposés à une menace directe liée à l’intelligence artificielle dans les deux à cinq ans qui viennent (Journal du Geek). Les métiers créatifs, design, médias, arts et spectacle, figurent en tête des secteurs exposés, parce que les outils génératifs ont fait tomber les barrières à la production d’images, de vidéos, de musique et de texte (Statistique Canada). Le sujet est pris tellement au sérieux que l’administration française elle-même publie ses propres analyses sur les effets de l’IA sur l’emploi (Direction générale du Trésor).

Cette peur a une particularité vicieuse. Elle frappe d’abord les meilleurs, ceux qui ont le plus investi dans une compétence précise, parce que ce sont eux qui ont le plus à perdre. Plus votre expertise était rare et durement acquise, plus le sentiment d’être rattrapé par une machine devient violent. L’excellence technique, longtemps un rempart, se transforme en zone de fragilité.

Fuir, se figer ou combattre

Cette peur produit trois réactions : la fuite, la paralysie, ou le combat. Les deux premières condamnent, la troisième transforme l’angoisse en carburant. Devant sa caméra, Zach King a choisi la troisième.

Fuir, c’est nier la vague en espérant qu’elle épargnera votre plage. Se figer, c’est regarder l’eau monter sans bouger les pieds, convaincu que le mérite passé suffira à vous protéger. Combattre, c’est identifier froidement ce que la machine fait mieux que vous, l’abandonner sans regret, et concentrer toute votre énergie sur le terrain où elle ne vous suivra pas.

Son geste raconte plus que ses trucages. Le public consomme le temps humain investi dedans, les heures de montage, les prises ratées, la maladresse assumée. Chaque vidéo devient une preuve de présence autant qu’un spectacle.

Le public achète vos dix heures, pas votre image

Une machine fabrique une image parfaite en dix secondes. Un humain fabrique une image imparfaite en dix heures, et cette imperfection crée l’attachement, la conversation et le partage.

L’économie de l’attention bascule sous nos yeux. Quand le contenu parfait devient gratuit et infini, sa valeur tend vers zéro. Ce qui reste rare, donc précieux, c’est la preuve d’un effort humain, la trace d’une intention, le risque assumé d’un ratage. Les études sur l’emploi le confirment à leur manière : les compétences les plus difficiles à automatiser sont celles qui mobilisent l’empathie, le jugement et la présence, pas la simple production (HEC Paris).

La valeur de Zach King n’a jamais résidé dans la production d’images, mais dans le fait d’être quelqu’un qu’on a envie de regarder faire. Cela ne se génère pas, cela se construit, une vidéo après l’autre, une relation après l’autre. Un modèle génératif peut copier un style en quelques secondes. Il ne peut pas fabriquer une décennie de confiance accumulée avec un public.

Musclez ce qu’une machine ne signera jamais

Face à une technologie qui vous dépasse, musclez ce qu’elle ne pourra jamais imiter. Ceux qui traverseront cette vague ne seront pas les plus rapides, mais les plus reconnaissables.

Votre signature, votre point de vue, votre manière singulière de rater puis de recommencer : voilà votre dernier avantage. Un avatar peut reproduire votre esthétique, il ne peut pas porter votre histoire ni engager votre nom. La reconnaissance se gagne dans la durée, à travers des choix assumés, des convictions défendues et une présence réelle. Aucun de ces éléments ne se télécharge.

Le pari de Zach King paraît perdu d’avance face à la puissance de calcul. Il tient pourtant sur un principe que les machines ne renverseront pas : nous nous attachons aux personnes, pas aux fichiers.

Qu’est-ce que vous faites aujourd’hui qu’une machine ne saurait pas signer à votre place ?

Rassurez-vous, je traite ce sujet dans mes conférences, ateliers et accompagnements, et aucun avatar ne monte sur scène à ma place.

Références

Image de Philippe Boulanger

Philippe Boulanger

Philippe Boulanger, conférencier international en innovation et intelligence artificielle, auteur, conseiller, mentor et consultant.

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Pas vous.

Vous faites partie de ces rares esprits qui refusent d’accepter que « on a toujours fait comme ça ».

Nous avons besoin de plus de personnes qui pensent comme vous.

Voici donc votre récompense pour avoir colorié en dehors des lignes :

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Vous serez le premier à savoir quand il sera disponible.

Continuez à briser les règles. Le monde a besoin de ce que vous voyez.